ActivitŽs de recherche

 

 

PrŽsentation gŽnŽrale

 

Ma dŽmarche de recherche vise une reformulation de la question des interfaces que la phonologie entretient avec la psycholinguistique de lÕadulte (traitement de la parole continue) et de lÕenfant (acquisition) ainsi quÕavec lՎtude de la dysphasie dŽveloppementale (pathologie). Ces questions sont abordŽes par l'Žtude dŽtaillŽe de donnŽes concernant des phŽnomnes empiriques prŽcis (liaison, troncations, acquisition et traitement syllabique, lien acquisition phonologique et lexicale) chez l'enfant monolingue, bilingue, normal et dysphasique. Ces travaux sont menŽs dans le cadre de choix ŽpistŽmologiques visant lÕunification des rŽsultats et thŽories convoquŽs et une harmonisation des modŽlisations mettant en cause la dichotomie stricte entre Ç compŽtence È et Ç performance È au sein dÕun modle Ç Žmergent È. Pour autant, je ne considre pas que ces phŽnomnes relvent de simples mŽcanismes perceptifs, frŽquentiels et quÕils peuvent tre expliquŽs par des modŽlisations purement exemplaristes, procŽdurales et comportementalistes.

 

Je mÕinscris dans une ŽpistŽmologie rationaliste et mentaliste, retenant lÕexistence dÕune phonologie reprŽsentationnelle interne abstraite et autonome

¥ utilisŽe en temps rŽel par les locuteurs-auditeurs

¥ mise en place par les enfants lors de lÕacquisition entre 0 et 3ans

¥ pouvant tre affectŽe directement dans le cas de troubles spŽcifiques du dŽveloppement

et par consŽquent modŽlisable au sein dÕun modle procŽdural de traitement et dÕacquisition.

 

Tant pour lÕacquisition que pour la psycholinguistique de lÕadulte, jÕutilise et confronte, en fonction des problmes que jÕenvisage, des donnŽes de diverses natures (perception / production, donnŽes spontanŽes et induites, orales et Žcrites). Je retiens  par consŽquent plusieurs techniques de prise et dÕanalyse des donnŽes.En production, pour les travaux dÕacquisition, je travaille sur des corpus spontanŽs longitudinaux, complŽtŽs par des Žtudes expŽrimentales de dŽnomination dÕimages pour les enfants ˆ partir de 3 ans et des donnŽes complŽmentaires de corpus dirigŽs ou semi-dirigŽs de production de bŽbŽs (ˆ partir de livres et de jouets) enregistrŽs en crche lors dՎtudes transversales (enregistrement de plusieurs bŽbŽs ˆ la mme tranche dՉge).

 Mes travaux en dysphasie ont testŽ les mmes hypothses thŽoriques (sur la liaison et la troncation), en contrepoint des donnŽes dÕenfants non dysphasiques. Les mmes dispositifs expŽrimentaux (dŽnomination dÕimages) ont donc ŽtŽ utilisŽs. Ces enregistrements ont ŽtŽ rŽalisŽs dans le cadre des deux projets de recherche concernant la dysphasie de dŽveloppement prŽsentŽs dans le CV. Pour les recherches en psycholinguistique de lÕadulte, je travaille  (actuellement en collaboration avec No‘l Nguyen, UniversitŽ dÕAix en Provence) sur la base de donnŽes de perception en ayant recours essentiellement ˆ des tests chronomŽtriques de comportements perceptifs de sujets pour des t‰ches comme la dŽtection de phonmes ou la reconnaissance de mots ou des procŽdures telles que le gating, shadowing etcÉ

 

---

Projets de recherche

1¥ Vers un modle unifiŽ de la liaison : de lÕenfant au locuteur-auditeur adulte en L1 et L2

 

¥ Bien que la liaison soit un phŽnomne phonologique ayant donnŽ lieu ˆ la production dÕune littŽrature surabondante, peu de modles ont tentŽ le pari dÕune explication unifiŽe de la variation intrinsque quÕil manifeste en production, en particulier sur les contextes facultatifs.

La production de donnŽes acoustiques et de donnŽes psycholinguistiques pour lÕadulte et lÕenfant a enrichi la somme dÕinformations empiriques disponibles et tend ˆ prouver que, comme le prŽdit lÕanalyse sapirienne, la CL nÕest pas une consonne Ç comme les autres È. Mais ces nouvelles donnŽes sur la liaison compliquent Žgalement lÕinterprŽtation quÕon peut en faire.

Une tendance actuelle dans le cadre notamment des modles exemplaristes envisage que la liaison ne soit finalement quÕun artefact terminologique regroupant des phŽnomnes hŽtŽrognes, certains phonologiques, dÕautres morphologiques, dÕautres encore lexicaux, conditionnŽs par des frŽquences dÕusage, stockant selon le cas des formes supplŽtives ou des Ç constructions È morpho-syntaxiques (Bybee, 2001 ; C™tŽ 2005).

JÕai depuis ma thse privilŽgiŽ la dŽmarche inverse et utilisŽ lÕhypothse du Ç double flottement È de la CL associŽe ˆ lÕexistence dÕun squelette de positions pures ainsi quՈ des conventions dÕassociation quÕEncrevŽ (1998) propose pour rendre compte du non-encha”nement. La formalisation de la CL comme objet doublement flottant lui permettant dÕintŽgrer toutes les variations de production dÕadultes socialement conditionnŽes.

 

A la suite des travaux que je mne dans ce domaine depuis mon doctorat, deux questions me semblent devoir donner lieu ˆ approfondissement pour lÕacquisition de la liaison chez lÕenfan francophone

            a) Seule la liaison obligatoire entre dŽterminant et nom au sein du groupe nominal a ŽtŽ observŽe. Or il existe en franais d'autres contextes qui gŽnŽrent des liaisons obligatoires

            - au sein du groupe nominal entre l'adjectif antŽposŽ et le nom ("un petit ami")

-        au sein du groupe prŽpositionnel entre une prŽposition courte et le nom ("en         avion" (liaison ) quÕon opposera ˆ Ç pendant une promenade (prŽposition longue pas de liaison )

            - entre un pronom clitique sujet et un verbe ("ils arrivent")

De nombreux phonologues ont prŽcisŽ que ces contextes mettent tous en relation deux termes ayant des relations syntaxiques Žtroites (EncrevŽ 1988). On peut Žgalement remarquer que dans tous les cas le mot libŽrant la consonne flottante est un mot court entrant dans le domaine prosodique du mot avec lequel se fait la liaison.

 

 Le projet

1)    observer systŽmatiquement ces contextes afin d'Žtablir s'ils donnent Žgalement lieu ˆ des erreurs. Augmenter la base empirique dÕobservation du phŽnomne

2)    Žtablir si les erreurs sont alors du mme type

3)    voir si lÕhypothse dÕun conditionnement gabaritique de la liaison proposŽe pour le GN est gŽnŽralisable aux autres contextes obligatoires

4)    observer le comportement des enfants de 2 ˆ 4 ans qu'ˆ partir des t‰ches de comprŽhension. Le recours ˆ des t‰ches de perception et de comprŽhension en temps rŽel permettrait sans doute de raffiner les hypothses quant ˆ la mise en place des reprŽsentations lexicales ˆ initiale vocalique en franais qui sont variables dans la plupart des contextes.

 

¥ La liaison en L2

Je travaille avec Ellenor Shoemaker sur lÕacquisition et le traitement de la liaison en L2. Nous avons Žtabli la somme des convergences et divergences entre les donnŽes de perception et de production observŽes chez les enfants et les apprenants adultes. Les rŽsultats montrent clairement que les erreurs ne sont pas identiques et que les stratŽgies dÕacquisition en L1 semblent reposer davantage sur la construction de reprŽsentations phonologiques alors que celles des apprenants L2 seraient plut™t lexicales.

Les donnŽes montrent Žgalement que la maturitŽ cognitive et lÕapprentissage de lÕorthographe sont des facteurs dŽterminants

 

¥ R™le des reprŽsentations orthographiques

Je mÕintŽresse au r™le des reprŽsentations orthographiques en L1 et L2 et plus particulirement ˆ lÕacquisition de la liaison en lecture et Žcriture afin dÕobserver  la manire dont lÕacqquisition de lÕinterface morpho-phonologique peut tre influencŽe par lÕapprentissage dÕune reprŽsentation lexicale alphabŽtique en modalitŽ visuelle.

Collaborations : Ellenor Shoemaker (UniversitŽ Paris 3), Frida Splendido (UniversitŽ de Lund) ; Samantha Ruvoletto (UniversitŽ Paris 8, SFL)

 

 

2. Hypothse gabaritique en franais

 

Dans ce projet, je veux dŽvelopper les travaux en acquisition phonologique en franais sur les thmes dŽjˆ abordŽs (acquisition des structures syllabiques, troncations, reduplications) et ˆ en Žtudier dÕautres (harmonies consonantiques) et unifier lÕanalyse des donnŽes dÕacquisition du franais au sein dÕun modle gabaritique autosegmental.

 

Ce travail permettra

i)               de produire des corpus longitudinaux dÕacquisition phonologique en franais. Ces ressources sont pour lÕinstant quasi-inexistantes. La plupart des hypothses dÕacquisition sont donc faites ˆ partir de lÕanglais.

 

ii)             de proposer une hypothse de formalisation de la premire unitŽ utilisŽe en production par les enfants francophones

 

iii)            ˆ en Žtablir les rŽgularitŽs structurelles (phonologiques et prosodiques

 

A partir des donnŽes et des analyses prŽsentŽes jusquՈ maintenant concernant lÕacquisition de la liaison, les troncations et rŽduplications, lÕacquisition des structures syllabiques je propose une hypothse gabaritique.

Ce gabarit peut constituer un premier patron lexical ˆ partir duquel se font les acquisitions phonologiques. CÕest une unitŽ prosodique disponible en perception, bornŽe par accent et contre-accent et donc possiblement segmentable dans lÕinput.

Par ailleurs cÕest une unitŽ fonctionnelle et rŽfŽrentielle compltement motivŽe pour lÕenfant. Cet objet est formellement contraint par un nombre de positions, types de positions (attaques, noyaux, relations entre ces deux types dÕobjets) et repose sur une conception autosegmentale des reprŽsentations dont les associations sont gouvernŽes par des principes structurels universels.

Ceci permet de lÕenvisager comme une unitŽ Žmergente et motivŽe mais structurellement contrainte par des principes universels, une portion de signal non contingente ˆ partir de laquelle Žmergent les gŽnŽralisations phonologiques.

Cette premire formulation de lÕhypothse gabaritique doit tre confrontŽe ˆ des donnŽes plus nombreuses et plus variŽes. Par ailleurs, elle dŽfinit sans doute une unitŽ lexicale type rendant compte de la structure du franais.

 

Cette hypothse est dŽclinŽe dans les trois projets prŽsentŽs ci-dessous

 

 

Projet 2-1 : Acquisition des dŽterminants en franais au sein dÕun gabarit : articulation phonologie / syntaxe et sŽmantique et motivation du gabarit

 

 JÕai fait l'hypothse d'une spŽcification totale des attaques de mots ne permettant d'envisager une attaque vide remplie par une consonne flottante qu'ˆ partir de 3/4 ans. JÕai aussi proposŽ que les erreurs sont la consŽquence dÕun bootstrapping morphologique dŽtachant le dŽterminant du nom.

Ceci laisse supposer que les enfants ne rglent les questions phonologiques que pose le contexte disjonctif en frontire gauche pour le franais ˆ proprement parler quՈ partir de 2ans et demi / 3 ans, moment o ils segmentent les dŽterminants. Les autres travaux sur les troncations, lÕacquisition des attaques syllabiques semblent confirmer cette prŽsence prŽcoce dÕun proto-dŽterminant en franais qui ne tombe jamais mme quand les syllabes initiales sont tronquŽes. Le problme consiste ˆ Žtablir, ˆ partir de quand et sur quelles bases (morphologiques, syntaxiques, sŽmantiques, prosodiques) ce dŽbut de mot, souvent constituŽ uniquement dÕun noyau vocalique est potentiellement analysŽ comme un proto-dŽterminant puis un dŽterminant.

Mon but sera alors dÕobserver le r™le de la disponibilitŽ prosodique et acoustique des catŽgories fonctionnelles dans lÕacquisition et dÕautre part les contraintes phonologiques qui sÕappliquent ˆ lÕacquisition des dŽterminants (dŽfinis, indŽfinis, partitifs du /de le et des / de les).

Cette question est actuellement abordŽe Žgalement via une analyse des fillers en franais via lՎmergence des structures prŽcoces de type VCV (aCV) ŽtudiŽes ˆ lÕinterface entre prosodie, phonologie et syntaxe.

Collaborations :  Isabelle Roy (UniversitŽ Paris 8, SFL), Sarra El Ayarri (SFL), Tomer Rosenberg (UniversitŽ Paris 8)

 

 

Projet 2-2: On the phonology-morphosyntax interface in child and adult learners of French –The development of determiners and consequences for left edge phenomena

 

The aim of this project is to investigate the developmental relationship between phonology, prosody and morphosyntax in the acquisition of French by mono- and bilingual children (Swedish-French) and adult second language learners (L1 Swedish). The focus will be on the emergence of the determiner system and a number of properties related to determiners.

http://www.umr7023.cnrs.fr/fsdet

http://www.sol.lu.se/en/research/forskningsprojekt/896/

Collaborations : Jonas Grandfelt (UniversitŽ de Lund), Sarra El Ayarri (SFL), Frida Splendido (UniversitŽ de Lund), Fanny Carlstršm Plaza ( UniversitŽ de Lund)

 

 

 

Projet 2-3 : ContinuitŽs et phonologisation : du babillage ˆ la premire phonologie (collaboration avec M. Vihman, UniversitŽ de York).

           

M. Vihman aprs Lisa Menn et M Macken propose pour le babillage et la toute premire phonologie un gabarit fonctionnel dans le cadre de lÕhypothse de la Ç whole-word È phonology. Pour Vihman ,

le gabarit est idiosynchrasique, Žmergent et contraint par la perception, les routines de babillage et les propres productions de lÕenfant. Dans un travail de collaboration sur des donnŽes de franais et dÕanglais, nous prŽvoyons dÕobserver comment les contraintes typologiques de la langue cible influencent progressivement les stratŽgies individuelles des enfants visant ˆ stabiliser des reprŽsentations phonologique ayant les caractŽristiques du systme adulte.

Notre but est triple

-        Renseigner lÕacquisition phonologique du franais en ayant une autre approche de celle de la phonologie prosodique, couramment retenue et faisant de manire erronŽe du franais une langue iambique miroir de lÕanglais

-        Etudier lÕinterface lexique / phonologie dans les stratŽgies retenues

-        Etablir le r™le exact des divers facteurs dՎmergence : facteurs individuels (perception, production de lÕenfant), marque, structure de la langue cible.

Collaborations : M Vihman (UniversitŽ de York) Sarra El Ayarri (SFL)

 

 

 

Projet 2-4 : Emergence des reprŽsentations en berbre

 

 ¥ Je travaille Žgalement sur les gabarits Žmergeants en berbre Tachelhit afin de dŽfinir les propriŽtŽs formelles qui catacŽtrisent les gabarits du berbre et la manire dont ils Žtayent la construction des reprŽsentations phonologiques internes. Les contraintes phonologiques (existence dÕune reprŽsentation en racines ou non selon lÕanalyse retenue) et prosodiques sont analysŽes sur la base de deux corpus dÕenfants bŽrbŽrophones constituŽs par M. Lahrouchi (CR1, CNRS)

Collaboration : Mohamed Lahrouchi (UniversitŽ Paris 8, CNRS / SFL)

 

 

 

3. Projet Toubkal en Berbre

 

Une des questions centrales de la morpho-phonologique du berbre consiste ˆ se demander si cette langue a ou non une morphologie concatŽnative et ˆ interroger lÕexistence ou non dÕune reprŽsentation lexicale constituŽe exclusivement ou majoritairement de racines consonantiques comme cÕest le cas dans les langues sŽmitiques ˆ morphologie non concatŽnative. Le dŽbat est ancien et es actuellement lÕobjet de deux approches dans respectivement les cadres de la thŽorie de lÕOptimalitŽ et la phonologie du gouvernement. Cette question est au centre du projet Toubkal dont uen part vise ˆ Žtudier la rŽalitŽ psycholinguistique des racines consonantiques en berbre ˆ partir d ÔexpŽriences de priming dupliquant les travaux rŽalisŽs dans dÕautres langues afro-asiatiques

Collaborations : Mohamed Lahrouchi (UniversitŽ Paris 8, CNRS / SFL), Karim Bensoukas & Fatima El Hamdi (UniversitŽ Mohamed V, Rabat ), Adam Ussishkin (University of Arizona)

 

---

Contrats et bourses de recherche en cours

ResponsabilitŽs administration de la recherche

Encadrement doctoral et soutenances

 

CV.S.Wauquier.fev2016.pdf

---